150 ans d'histoire...

Nous devons considérer ce que nous étions dans le passé, y tenir de tout cœur et changer en même temps, accepter que nous changeons constamment pour survivre.

Dorothy Haberman - (Tribu Yurok - Californie - USA) 1992

CAUCHOIS François Charlemagne :

La création de la première structure qui généra l’histoire de cet ancien quartier creillois commença certainement le 28 juin 1859. A cette époque, un jeune ingénieur civil de 28 ans, François Charlemagne Cauchois, fils du maire de la commune voisine de Nogent-les-Vierges, aujourd’hui Nogent-sur-Oise, sollicita du préfet de l’Oise l’autorisation de créer une fabrique de produits chimiques et d’engrais, sur le terrain qu’il venait d’acquérir sur les terres et pairies de Vaux.

Ce terrain se trouvait sur la rive gauche de la rivière l’Oise, en amont et aux confins   de la ville de Creil, à la limite de la commune de Verneuil-sur-Oise, aujourd’hui Verneuil-en-Halatte. Ce lieu-dit, en grande partie occupée par des terres cultivables et des pâturages était bordé, du côté nord-ouest, par la rivière et du côté opposé, par un bois appelé “le bois du Tremblay”. Son nom était sans doute issu des nombreux trembles qui le peuplaient. Au XIXème, il était coutumier, pour les Creillois, de nommer cette zone “Le bas du bois du Tremblay” et c’est dans les années 1870 que le nom du Tremblay fût intimement lié avec l’usine.

Ainsi, de part son voisinage immédiat avec les villes de Creil et de Verneuil, ce terrain isolé correspondait tout à fait aux besoins que s’était fixés Charlemagne pour son projet.

De même, il n’avait pas choisi cette future activité au hasard. Plusieurs critères avaient dû orienter sa décision :

En ce début du second Empire, l’industrie subissait de profondes mutations. Les nouvelles technologies avec entre autres la découverte de la machine à vapeur, une politique économique ambitieuse et le développement de grands travaux (Chemin de fer, ports, défrichements) permirent l’essor rapide et croissant de cette activité économique. En parallèle et pour répondre aux besoins grandissants de la population et surtout pour résister à la concurrence étrangère, l’agriculture due, elle aussi s’adaptée et augmenter sa productivité. De ce fait, elle fût amenée à utiliser de nombreux fertilisants, car comme nous le savons tous, l’engrais est la base de toute abondante culture.

Alors que le bassin creillois, grâce à ses bonnes infrastructures de communication, s’orientait progressivement vers l’industrialisation, à l’inverse, la région et le département de l’Oise choisissaient l’option du développement agraire.

Là encore, une carte était à jouer, car dans la région creilloise, voire, même au niveau départemental, le domaine agro-industriel était très faible. Dans le secteur seul deux fabricants d’engrais organiques existaient. Ils étaient situés à Pont Sainte Maxence ou dans sa proche banlieue. Il y avait l’engrais Pen-Bron et “Le fumier de Tourbe Lavigne” fabriqué à Saint-Martin Longueau.

Par ses idées avant-gardistes d’engrais chimiques, sans doute issue de sa formation d’ingénieur à l’Institut Supérieur d’Agriculture de Beauvais(1), François pensait sincèrement trouver là un bon débouché commercial et économique.

Dès le mois d’août de la même année,  les enquêtes d’usage de “commodo - incommodo” furent lancées dans la ville de Creil et dans ses cinq communes environnantes (Villers Saint-Paul ; Thiverny ; Nogent les Vierges ; Montataire et Verneuil sur Oise).

Hormis, quelques notifications exprimées par les voisins directs de la future usine dont monsieur Jean Navès, propriétaire du château de Vaux, qui craignaient que les nuisances de la production ne provoquent, dans la vallée de Vaux, un nouveau Montfaucon, ces enquêtes ne révélèrent pas d’avis défavorable suffisant pour annuler la demande de Cauchois.

Dès lors, la machine administrative se mit en route. Six mois plus tard, le 04 février 1860, François Charlemagne obtint son autorisation d’exploitation.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

L’article 1 de cet arrêté préfectoral, autorisant l’établissement d’une fabrique de produits chimiques et d’engrais, imposait néanmoins deux conditions : La première était que la cheminée de l’usine devait avoir une hauteur de trente mètres et la seconde “de n’établir pour la fabrication d’engrais ni d’atelier d’équarrissage ni de dépôt de matières fécales”.

Ce second point ennuyait fortement monsieur Cauchois. En effet, en ce milieu du 19ème siècle, l’engrais animal avait toujours une solide réputation d’efficacité et l’engrais chimique, sans trop de notoriété, n’était que dans ces balbutiements.

Afin de résoudre ce mécontentement, François écrivit, le 30 décembre 1861, au sous-préfet de Senlis. Ce courrier avait pour but de demander l’autorisation d’utiliser de la chair des animaux morts comme matière azotée propre à la confection des engrais.

Six mois plus tard la réponse négative lui parvint. En parallèle, François utilisait clandestinement, depuis les années 1861, des cadavres d’animaux pour fabriquer de l’engrais animal.

Les potentielles nuisances, comparable à celles de “Montfaucon”, occasionnées par cette fabrication illicite ainsi que la jalousie d’un autre équarrisseur, vivant dans le hameau de Vaux, lui valurent plusieurs dénonciations et au moins deux procès : Un en 1861 et un autre le 05 septembre 1863. De plus et par comble de malchance, il utilisait illicitement une machine à vapeur pour faire cuire les chevaux. Et là encore il fût condamné.

A-t-il un jour produit de l’engrais chimique ? Difficile de répondre à une telle question. Dans son livre “L’agglomération creilloise autrefois”, édité en 1993, monsieur Dominique Nybelen, liste les établissements spécialisés dans la fabrication des engrais et classe l’établissement de Cauchois dans les engrais élaborer exclusivement à partir de matières animales !!!

Toutefois, les intentions étaient là, car dès 1861 François s’était adjoint, pour réussir sa mission, les services d’un chimiste : monsieur Victor Micolon.

De toute manière s’en était trop, François vendit tout et se dirigea vers d’autres activités...

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COUPIER Jean Théodore :

Le nouvel acquéreur ou, plus exactement la compagnie qui racheta les lieux dans le début des années 1870.

La famille Coupier arriva sur le site du Tremblay en août 1872 et les travaux débutèrent dès septembre de la même année.

La compagnie était une association judicieuse de plusieurs personnes aux horizons totalement différents :

Le premier, Jean Théodore Coupier, était un chimiste de 53 ans. Cet ingénieux “Créateur”  avait débuté sa carrière professionnelle dans la célèbre usine chimique “Poirrier & Chappat Fils” de Saint-Denis. Jean Théodore était, pour cette entreprise, un collaborateur très important. En effet, c’est dans cet établissement qu’il obtint de nombreuses récompenses et reconnaissances tant au niveau national qu’au niveau international.

Les seconds et troisièmes, messieurs Auguste Frédéric Albert Schenck et Othile Bouvret, étaient plus, pour l’association, un apport financier qu’un apport technique. Auguste avait un élément en commun avec Jean-Théodore : La couleur. L’un essayait de la fabriquer et, l’autre l’utilisait avec harmonie sur ses toiles car il était artiste peintre. Il ne résidait pas très loin de Creil, dans la colonie des peintres du XIXème, je veux parler de la ville d’Écouen. Quant à Otrile, il était négociant à Chalon sur Saône  et sa participation dans l’affaire fût de courte durée.                                                                      

La dernière personne du groupe d’associés commanditaires était la fille aînée de Jean Théodore : Marie Pauline. Cette dernière était l’épouse d’un chimiste, monsieur Philippe Benjamin Boujot. Le couple demeurait à Saint Fons, près de Lyon. Philippe travaillait dans une industrie de production chimique située, elle aussi, à Saint Fons. Il n’est pas impossible qu’il y ait eu quelques  échanges commerciaux entre l’usine du Tremblay et celle de saint Fons, car cette dernière était au nom des époux Boujot.

Jean Théodore n’était pas venu seul de Poissy. Il avait amené avec lui un autre ami  chimiste : Auguste François Chandellier.

Le challenge que s’étaient fixé les chimistes était simple : Réussir dans un domaine en pleine expansion ou les recherches et les découvertes étaient quasiment journalière. Pour mémoire, je vous rappelle que les premières couleurs chimiques à base d’aniline apparurent, grâce au chimiste anglais William Henry Perkin, en 1856, c’est à dire très récemment !

Côté recherche, la compagnie, n’avait rien à envier aux autres industries chimiques régionales ou nationales. Jean Théodore avait déjà une belle carte de visite dans ce domaine. De plus, il était le seul à faire de l’aniline cristallisable, dont théoriquement pur. Côté couleur, son « Bleu Coupier et son noir des Écoles » étaient déjà internationalement connus.

Si au niveau technique et économique tout se passait relativement bien il n’en était pas de même au niveau environnemental. Du fait de sa proximité avec la rivière l’Oise, les structures de l’usine étaient, pendant les périodes de crues, souvent inondées. Pour rejoindre le site, les bottes, voire la barque était parfois nécessaire.

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Compagnie Parisienne de Couleurs d'Aniline :

En parallèle, en cette fin de siècle, l’industrie chimique allemande très dynamique dans le domaine des exportations, obligea l’État français à prendre plusieurs mesures palliatives pour limiter, sur son territoire, la croissance économique de son voisin :

-        La législation française interdisait l'importation de produits chimiques protégés par un brevet national,

-        L'industrie française, somnolente et immobiliste par des dissensions intestines et de mauvais choix managériaux, était quant à elle, dans l’obligation d’importer uniquement des produits finis brevetés et, de surcroît, produit exclusivement dans un pays occidental voisin.

-        Pour terminer, une taxe douanière exorbitante était en vigueur pour toute une série de colorants que l’industrie chimique française produisait. Ainsi, l’éventualité d’un développement industriel dans ce secteur n'était possible que pour la fabrication d’un produit fini, et cela, dans la limite de son propre pays.

Ce protectionnisme  français a incité un bon nombre de fabricants étrangers, qui ne voulaient pas renoncer à leurs exportations de matières colorantes, à contourner la loi en créant des filiales françaises. Ces dernières, par leurs statuts de sociétés françaises, résolvaient les problèmes liés à l’importation ou à la fabrication  d’un produit chimique.

C’est ainsi que la firme allemande de colorants chimiques “Farbwerke vorm. Meister, Lucius et Brüning” de Hoeschst sur Maine fonda, dès le printemps 1881,  une filiale française : La “Compagnie parisienne de Couleurs d'Aniline”.

Le capital de 500.000 francs de cette jeune société était investi à 95% dans des usines de fabrication de colorants chimiques et les 5% restant, qui représentaient 25 actions, étaient aux mains des frères Alfred & Auguste Max, de Paris, qui s'alternaient à la Présidence du conseil d’administration de l'entreprise.

En décembre 1881, la CPCA achetait dans la banlieue parisienne et plus précisément à Boulogne, une usine de production chimique. Quelques mois plus tard, le chimiste suisse, J.-J. Koch ajoutait provisoirement, à la production de cette usine, la fabrication des colorants à base d'aniline.

Dès juin 1882, des négociations de rachat commencèrent entre la CPCA et monsieur Jean Théodore Coupier, propriétaire de l’usine de colorants chimiques : “Th. Coupier & Cie”.

En effet, la possibilité de fabriquer du “bleu” selon la  procédure mise au point par monsieur Coupier ainsi que les difficultés rencontrées par la concession de l’usine de Boulogne étaient les principales raisons de l'intérêt que portait la CPCA vis à vis de l’usine du Tremblay. La transaction de vente eue lieu dès le début de l’année 1884 et le Docteur J.-J. Koch devint le premier directeur commercial et technique de cette usine.

En 1883, à Erlangen, le professeur Ludwig Knorr découvrit et synthétisa une préparation de la famille des “Pyrazolon” qui se révélait un excellent antipyrétique. Sa fabrication industrielle n’était assurée que par les   usines de colorants chimiques de hautes performances techniques. Sa commercialisation débutât dès 1884, sous l’appellation d’“Antipyrine®.

Un an plus tard, en 1885, l'usine du Tremblay ajoutait à sa production de couleurs, la fabrication de médicaments et en particulier celui de l’Antipyrine®.

Ce fébrifuge eu énormément de succès en France jusqu'en 1895, date à laquelle la protection du brevet arrivait à terme. Pendant ces dix années, la fabrication de ce produit représenta la principale source des bénéfices de la compagnie.

Le spectre des colorants produits dans l’usine de Creil s’élargissait en permanence. En 1886, l’usine du Tremblay fabriquait des colorants à base d'aniline, le bleu “Coupier”et le vert. En 1887, la production ajouta de la fuchsine et le bleu de méthylène, puis en 1888 la production du bleu carmin.

Entre 1895 et 1905 les résultats financiers de l'entreprise chutèrent. De trop faibles investissements ainsi que les difficultés inhérentes à la profession furent les principales causes de cette décroissance économique. La relance économique se fit, dès 1903, avec l’ajout de la production de l'indigo. De nouveaux colorants comme le noir et les couleurs de Thiogen complétaient la productivité de l’usine. A partir de 1911, l’usine produisit un nouveau produit pharmaceutique : Le “Salvarsan®” et encore une fois l’essentiel du chiffre d'affaires provint de la vente de ce médicament

En 1905, monsieur Emmanuel Bourcart remplaça monsieur J.-J. Koch à la direction de l’usine du Tremblay.

En 1908,  il fut à l’origine d’un projet de construction de logements locatifs pour le personnel de l'entreprise qui comptait, à l’époque, environ 130 employés. L’année suivante, le promoteur fut fondé et prit le nom de : “Société Anonyme d'Habitations à bon Marché -La grande Famille-” et en 1910, les dix premières maisons d'habitation étaient prêtes à accueillir leurs nouveaux locataires.

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Mise sous séquestre :

Compagnie Nationale de Matières Colorantes & de Produits Chimiques :

Le début de la première guerre mondiale mit une fin soudaine au développement de cette filiale française; Après une courte interruption de travail, l'usine du Tremblay fût mise, à partir de novembre 1914, sous séquestre et la liquidation de la “Compagnie parisienne de Couleurs d'Aniline” eu lieu peu de temps avant la fin de la guerre. En 1921, l'entreprise fut vendue aux enchères. Le nouvel acquéreur, une société anonyme partenaire de l'État français, était la “Compagnie Nationale de Matières Colorantes & de Produits Chimiques”. Son siège social était au 134 boulevard Haussmann, à Paris. Ceux qui parlaient familièrement de l’usine du Tremblay, la nommaient “La Colorante” Ce fut à la même époque et pour des raisons d’expansions économiques que l’usine se délocalisa et s’installa sur l’autre rive de l’Oise, dans la commune de Villers saint Paul. Dans la même année, les anciennes structures de l’usine furent aménagées en maisons locatives pour le personnel de l’entreprise.

Cette société fusionna en 1924 avec “Compagnie Nationale des Matières Colorantes et de Manufacture des  Produits Chimiques du Nord Réunis - Établissement Kuhlmann”. C’est ainsi que l’usine de Villers saint Paul entra dans le consortium “Kuhlmann”, groupement français le plus considérable de l'entre-deux guerre en matière de production chimique.

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…… La suite de ce texte est en cours de rédaction……Prévision de nouvelle version second semestre 2008

 (1) : L’ISAB - IGAL répond en de nombreux points à l’éventualité qu’il ait eu dans ses cours le jeune Cauchois. En effet, elle fût créée en 1840, elle est une des rares spécialisée dans l’agriculture et enfin, elle n’était pas si éloignée de Nogent les vierges. Toutefois, cette forte supposition n’est toujours pas confirmée. L’ISAB ne possède pas d’archives nominatives sur ses anciens élèves.